
Guy Carcassonne et Olivier Duhamel ont publié dans Le Monde du 8 mars une tribune intitulée : “éviter un nouveau 21 avril”. Les deux universitaires y plaident pour une réforme constitutionnelle qui permettra d’éviter la présence d’un candidat extrémiste au second tour de la présidentielle de 2007. Cap Finistère : La présence de Jean-Marie Le Pen au second tour de la prochaine présidentielle est-elle envisageable ?
Guy Carcassonne : Hélas, oui. C'est arithmétique. Plus il y a de candidats et plus le risque de second tour non désiré est important. Avec la même atomisation qu'en 2002, il est tout à fait possible que Jean-Marie Le Pen, voire Olivier Besancenot, José Bové ou Philippe de Villiers soit présent au second tour en ayant fait le plein de ses voix dès le premier tour.
Cap Finistère : Que proposez-vous pour “éviter un nouveau 21 avril” ?
Guy Carcassonne : L'instauration d'un tour intermédiaire. Si deux candidats n'obtiennent pas au moins 20 % des suffrages au premier tour, on organise, le dimanche suivant, une sorte de demi-finale avec les quatre premiers candidats. Ce système permet de redonner du pouvoir aux électeurs dans la clarté. S'il avait existé, il aurait fonctionné en 1988, puisque seul François Mitterrand avait obtenu 20 % des voix mais aussi en 2002. Les électeurs auraient eu à départager Jacques Chirac, Jean-Marie Le Pen, Lionel Jospin et François Bayrou.
Cap Finistère : Peut-on changer les règles du jeu à un an de l’élection ?
Guy Carcassonne : Il vaut mieux ça que regretter, après une nouvelle catastrophe, de ne pas l'avoir fait. La balle est dans le camp des responsables politiques. Soit, ils font le pari qu'il n'y aura pas de candidat extrémiste au second tour et on ne touche à rien. Soit, il y a des craintes et c'est maintenant qu'il faut agir. D'autant que notre proposition est claire et simple. Comme en sport, il y aurait des éliminatoires et, si nécessaire, une demi-finale avant la finale. Et, à chaque fois, les électeurs en arbitres.
Cap Finistère : Ce tour intermédiaire existe-t-il dans d’autres pays ?
Guy Carcassonne : Non. Mais nous sommes le seul pays à avoir ce genre d’élection et surtout à avoir connu le 21 avril.
Cap Finistère : Comment a été accueillie votre proposition, notamment au PS ?
Guy Carcassonne : Pour l’instant, nous avons reçu des messages plutôt favorables.